Liliane et José Hartmann sont membres du comité de l’association des donneurs de sang de l’agglo-mération messine depuis 1966. Bien que l’heure soit venue, selon eux, de passer la main à des personnes plus jeunes, ils peinent, depuis cinq ans, à se trouver des successeurs.

 Photo RL

Il a tendu le bras pour la première fois en 1963 ; elle l’a imité en 1966. Plus de quarante ans plus tard, Liliane et José Hartmann, à la tête de l’association des donneurs de sang, aspirent à trouver leurs successeurs.

Coincés. Pieds, mains et neurones liés. Cinq ans que Liliane et José Hartmann ne perçoivent aucun écho à leur refrain. Dans la seringue ! Le tandem à la tête de l’association des donneurs de sang de l’agglomération messine n’aura jamais autant mérité l’expression. « Nous avons largement l’âge de passer à autre chose. » Monsieur balance la tête et annonce ses 73 ans. « Ça va, j’ai donné ! » Mais ajoute, à l’adresse de sa belle, « elle est plus jeune que moi, cinq ans de moins. Je lui ai demandé de me succéder, mais elle n’est pas chaude ». C’est que le poste de présidente, Madame n’en a cure. Celui de déléguée l’occupe déjà pas mal en paperasse de l’association. « Je suis déléguée de tout ! Déléguée trésorière, déléguée secrétaire… Parce qu’il y a des jours où Monsieur n’a pas très envie de se mettre au courrier et tout le reste, alors je m’y colle ». Petit calcul rapide : quarante-huit ans que dure l’affaire. Une vie !

À croire que le tandem Hartmann fait bloc inconsciemment. Que nul, du coup, n’a réellement envie de se frotter à ces deux fortes têtes. Cinq minutes avec le couple suffisent à se faire une petite idée de l’investissement personnel sans limite. Mais au bout du compte, un sacerdoce dont les enfants refusent l’héritage : « Je ne crois pas que nous fassions peur , analyse Liliane. Si je m’en vais demain, par exemple, c’est la cata ; idem pour José. On fait tout dans le comité. »

L’utilité publique de leur mission pour seule motivation. José se rappelle une promesse faite à lui-même, à Blida, en Algérie, en 1963. Quelques mois plus tôt, le soldat avait déclaré une jaunisse l’ayant contraint à des visites régulières de contrôle. « J’étais dans cet hôpital quand un médecin est venu me demander si je pouvais donner mon sang. Trois types se vidaient, qui venaient de sauter sur des mines. J’ai pas réfléchi une seule seconde , se souvient José, j’ai tendu le bras. Je regardais filer mon sang et me répétais que, si je sauvais un de ces gars, je ferais quelque chose dans le domaine du don. » Trois ans plus tard, c’est le grand saut. De retour dans l’Hexagone, le contrôleur des impôts emboîte le pas à son chef, membre du comité et donneur fidèle. Sa rencontre avec Liliane ne fera que renflouer les rangs des généreux. « Autrefois , se rappelle le président, on donnait de bras à bras, et les ressources étaient toujours les mêmes : l’armée, la police et quelques civils. Tout ça a beaucoup changé. » L’affaire du sang contaminé, en 1981, est aussi passée par là. Le jour et la nuit… « La catastrophe ! , se souvient le couple. Il a fallu reconstruire après ça, redonner confiance aux gens, les faire revenir. Pas facile. »

Le bilan, après quarante-huit ans de don de sang et de soi, ne semble pas mauvais. Le couple Hartmann est devenu incontournable dans le paysage associatif messin, détient un carnet d’adresses à faire pâlir de jalousie un bus de politiques en campagne. Mille raisons louables d’espérer une sortie imminente et aussi sémillante que l’est ce couple complice. « L’idéal serait d’avoir des membres de comité très actifs, qui nous épauleraient réellement et tout le temps. Ou quelqu’un qui fonctionnerait à nos côtés durant une année et quelques mois. Le temps nécessaire à une formation sur le terrain ; le temps aussi de lui présenter les appuis qui comptent pour l’association. »

« Nous sommes tous les deux à la retraite depuis quelques années maintenant. On aimerait passer à autre chose, ne pas faire ça jusqu’à 90 ans », conclut Liliane. Et s’offrir une seconde retraite.

« Oui, c’est du travail cette association ! Mais elle est d’utilité publique. Vitale » 

article paru dans le journal « Le Républicain Lorrain » du 04/03/2014